Libertaires -Libéralistes : La forme et le fond.

Si j’avais pu faire ce que je voulais au doctorat, j’aurais aimé étudier les « lunettes » avec lesquelles on se regarde et regarde le monde; les paradigmes de nous-mêmes et de notre place dans l’univers, comment, à travers le temps et les lieux notre espèce s’est décrite et conceptualisée, pour en comprendre leurs émergences, leurs divergences, et leurs évolutions respectives. Mais c’est vachement large et peu « appliqué », et en sociologie comme dans d’autres domaines, mieux vaut étudier des situations concrètes, et « problématiques » (si on veut convaincre de l’importance d’être financer pour faire ces recherches) que d’enculer des mouches sur des vieilles questions existentielles… Et puis la « sociologie fondamentale » c’est pas ce qui est le plus encouragé…

J’ai quitté le doctorat et ce n’est pas plus mal; je n’ai pas ce qu’il faut pour devenir chercheure en sociologie, et je le dis sans me dénigrer ni mal me jauger. J’ai en estime le métier du chercheur, mais je n’ai pas envie de m’y contraindre.  Alors ce que j’écris n’est pas ce que j’entend par « sociologie » (faites par les vrais sociologues).  Je prend le savoir sociologique que j’ai ammassé, et j’essaye de le transmettre, de le partager, parce que je pense que c’est des « outils » pour la vie collective.   Voilà, j’ai besoin d’une liberté de pensée qui ne s’accorde pas vraiment bien avec la pratique contemporaine du chercheur.  Ce n’est pas grave, tant qu’on me laisse penser, à titre d’humain qui pense…  Finalement, je ne peux cacher ma tendance « pamphletiste », qui m’amène à sortir de la position de « chercheur » pour me faire  « avocate » d’un angle de vu qui me semble pertinent; ça reste hautement subjectif.

 Toute en prenant une grande liberté, j’ai envie qu’on discute de la notion de « liberté », en tant qu’élément central de notre* vision de nous-mêmes.  J’excerce donc aujourd’hui (encore) ma liberté de réfléchir sur la liberté.  J’en entend déjà penser  » Non mais parler de la liberté, c’est courant, c’est un sujet non problématique ».  Et pourtant… Le mot « Liberté » possède une » teinte » imminement positive, souhaitable.  Ne pas en parler en tant qu’absolu idéalisé demeure assez difficile, surtout dans certains milieux.

Mais rien n’est anodin… La liberté absolue est prônée autant pas les libéralistes les plus dures, que par les libertaires les plus pures.  Vous me direz « Mais ce n’est pas la même chose ! » Je vous dirais, « topologiquement, ouais !  »  Et c’est pas le fruit du hasard , mais de la co-évolution sociale.  On baigne dans un univers socio-sémantique dominé par l’idée de la liberté et de l’autonomie individuelle; à droite comme à gauche, bien que le contenu diffère un peu … Le contenant est le même; la forme est la même. Et le résultat… Pensons-y.

Le germe de l’idée de liberté, a évolué, mais comme il était pourrit dès son émergence, son évolution n’a pu qu’être tout aussi putride…  Bien que ce soit ce que Weber pourrait appeller une « conscéquence non-intentionnelle de l’action », nos* anciens on pensé la liberté comme étant l’affranchissement des efforts physiques.  Et ça a mené à l’esclavagisme et à la suprémacie mâle.  Aujourd’hui,  on pourrait croire que ça a bien changé que la liberté ne veut plus dire « affranchissement des efforts physiques », mais pourtant… Il me semble qu’il y a peu, on nous faisait mirroiter une « société des loisirs »; ça, ça veut dire une société où on a plein de temps libre, pour faire autre chose que « travailler ».  SVP, dites moi si c’est si différent de ce qu’ont philosophé nos anciens ?   Y’a quelque chose, j’ai du mal à mettre le doigt dessus, qui reste dans l’idée de la liberté : comme autonomie individuel et idéal absolu…  C’est que ça me semble nous empècher de parler de l’importance des contraintes.

L’importance des contraintes va dans au moins deux directions opposées.  D’abord, se penser « libre et autonome », dans l’absolu, ça fait carrément oublier qu’on est un animal social, que le social c’est un trait évolutif  qu’on partage, que la collaboration est vue comme la norme dans l’évolution.  Pas l’individualisme, le comportement pro-social; c’est ça qui caractérise notre espèce, malgré qu’on semble depuis quelques siècles nous faire croire que l’individualisme prime.

L’individualisme, surtout si on s’attarde au processus d’individuation  tel que l’a présenté G. Simmel, est pas quelque chose de bien ou mal en soi.   L’identité sociale « individu » est si preignante, que bien des chercheurs la prenne comme unité d’analyse, comme un donné intrinseque.  C’est particulièrement le cas, en psychologie.  Mais ça innonde en fait tant les sc. sociales que le sens commun.   Et puis concrètement, on est des individus !  La vie sociale actuelle (non clanesque) fait qu’on croise toutes sortes d’univers socio-sémantiques, qu’on appartient à plus d’un « cercle social ».  C’est l’entrecroisement des univers socio-sémantiques auxquels on appartient qui engendre l’individualité.    Le « hic » de l’individualisme, c’est le -isme ; c’est une idéologie.  Tandis que l’individuation est un processus.    On croit que l’individu prime sur le groupe.  C’est la croyance dominante.  C’est très très très difficile à remettre en question. On passe rapidement pour un facho ou pire…

Qui prime ?  J’aurais tendance à faire comme d’habitude et offrir une réponse paradoxale : les deux !   Si au niveau individuel  l’action égoïsme apparait comme une solution gagnante, à niveau plus large de l’organisation sociale, ce sont les comportements pro-sociaux qui ont été sélectionnés, car ce sont eux qui permettent à l’organisation de se maintenir et de perdurer.     Être social, c’est dans notre « nature ».

En passant, la « nature » pour moi c’est quelque chose qui se distingue mal du social; au sens où formellement c’est par l’histoire des interactions qu’on comprend l’évolution et la formation des « organisations » : quelle soit biologique ou sociale, et même cosmologiques…

La seule particularité que l’étude de l’humain apporte, c’est que celui-ci pose du sens sur ce qui l’entoure et qu’il en laisse des traces que nous pouvons analyser : des artéfacts, des écrits, des images, des récits,…   On sait que la transmission sociale est importante chez toutes les espèces sociales, mais chez la nôtre, c’est carrément déterminant.  Nos organisations sociales ne cèssent de se transformer, ce qui n’est pas le cas des autres espèces que nous observons.

On a cette faculté de croire… De poursuivre des idéaux … Mais on sait aussi remettre en question, renverser des organisations …

On doit penser la liberté, mais je crois qu’on doit vraiment se donner la liberté de penser nos contraintes, nos limites… Se passer de « jugements de valeurs » ce serait sympa, mais on ne peut pas.  Tout ce qu’on peut faire c’est les remettre en question, changer notre façon de regarder la « réalité » ce qui changera nos actions.

Dans un autre texte j’ai parle de se sentir « enfant de la « nature » »  … En fait, ce que je veux dire c’est de se percevoir comme co-dépendants / co-autonomes.  Constater sans que ce soit une contrainte mal vécue, que nous sommes tous liés; que parfois même, les décisions d’une minorité d’humains ont une influence majeure sur la vie de tout (animaux, plantes ..).  Il faut vraiment se croire supérieur et libre de le faire pour prendre la décision de jouer avec le nucléaire, vous ne trouvez pas ?

Je ne veux pas qu’on se mette à fixer des règles contraignantes ! Je veux qu’on pense autrement notre rapport à la liberté.  Si vous avez déjà vu « l’Ile au fleurs », ré-écoutez en faisant bien attention à la dernière phrase …

« Ce qui place les êtres humains après les porcs dans la priorité de choix des aliments, c’est le fait de n’avoir ni argent, ni propriétaire. Les humains se distinguent des autres animaux par le télé encéphale hautement développé, par le pouce préhenseur, et par le fait d’être libre. Libre est l’état de celui qui jouit de liberté. Liberté est une notion que le genre humain alimente. Il n’existe personne qui l’explique, et personne qui ne la comprenne. »  Sur le film : Ile aux Fleurs

Il faut repenser notre liberté.  Je n’appelle pas à se soumettre à rien en particulier, à part à une idée que nous ne sommes pas supérieurs : ni en tant qu’espèce, ni individuellement; nous nous insérons dans un grand ensemble, qui n’a pas besoin d’avoir d’autres règles que de permettre l’évolution (de l’espace pour se mouvoir, du temps pour agir, et la liberté que rien ne soit fixé « éternellement ».).


* la première personne du pluriel désigne ici les peuples dont l’Histoire longue s’inscrit dans une logique de domination sur la nature.  Ce ne sont pas tout les peuples qui se conçoivent ainsi.

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