Liberté et conformité

Je ne me souviens plus où j’ai lu ça, mais me ça vient d’Alain Degenne…

La liberté = possibilité d’agir autrement que ce qui est attendu dans une situation donnée; sinon il s’agit de conformité.

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Précision: la teinte idéologique des mots :

Liberté a une teinte plaisante, positive, un idéal à poursuivre
Conformité  a une teinte sombre, écrasante …

Sortons de ces logiques si quelque part vous voulez comprendre ce que j’écris.  Je ne prend pas les teintes accolées… Je vais vers la racine du sens encore usité..

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La liberté d’agir autrement est une chose que je crois essentielle, pas juste pour nos vies personnelles, mais aussi parce que comme le disait déjà Durkheim : l’évolution nécessite la déviance.  C’est pas possible qu’un changement se produise si tout se reproduit fidèlement, conformément.  Il faut de la déviance. Et il y en aura, même pas besoin de forcer la chose, car la vie est nuancée, elle ; c’est nous qui découpons le monde et le faisons entrer dans des boites, des catégories.  On fait ça pour l’appréhender.   Faut juste s’en rappeller et se permettre de remettre en question nos classifications.

Mais le conformisme est tout de même pas le mal; il permet une stabilité assez utile et économique. Quand je vais à l’épicerie, j’agis de façon assez conforme, les vendeurs aussi, alors bah c’est ça; j’ai été faire mes courses..  Quoi de plus normal. Mais si j’arrive habillée en clown, en donnant des ballons, tout de suite, je ne suis plus « conforme » et les interactions se passeront différement: faire mon marché en paix sera un peu difficile.  Des enfants vont venir vers moi, des grands ausssi… Les gens vont me regarder, m’aborder plus aisément, parce que c’est ça un clown conforme dans un lieu public : ça amuse les foules, ça apporte de la joie.  Les gens attendent ça des clowns. Se conformer à ce qui est attendu dans un espace de sens donné, ça  permet un controle dans les interactions, ça les rends plus prévisibles, ça permet de sauver du temps et de l’énergie, en agissant comme on sait que ce sera le plus efficient pour nous.  Dévier, comme le rappellait aussi Durkheim, c’est frapper un mur invisible de résistance.  C’est quand on contrevient à une norme sociale qu’on réalise que la « force sociale », c’est peut-être flou, mais ça existe !  Essayez, contrevenez à une « norme sociale »  et observez comment vos interactions en sont affectées.

Alors, c’est quoi ? À la fois utile et contraignant !  Mais ce qui compte c’est le sentiment d’injustice.  Si dévier d’une norme est socialement sanctionner sévèrement, il faut alors regarder la norme.  Si par exemple être homosexuel est vu comme une déviance et que les gens sanctionnent de toutes sortent de facons l’homosexualité, il y a des gens qui souffrent de ces processus (exclusion, ségrégation, humiliation, etc.) pour des raisons qui sont de l’ordre des « jugements de valeurs ».  En quoi l’homosexualité cause du tord à une société ? En quoi les sanctions sociales causent du tord aux homosexuels et à la société ?   Chacun son raisonnement, mais selon moi, les homosexuels de mon exemple subissent une injustice grave qui ne trouve aucune légitimité et qui nuit au vivre-ensemble.  Aucun argument valide pour sanctionner socialement l’homosexualité.  Par contre, si être ouvertement raciste et haineux est socialement sanctionné avec sévérité, encore une fois, il faut regarder quel jugement de valeur sous-tend ces sanctions sociales.  En quoi le raciste haineux qui s’affiche et diffuse son idéologie cause du tord à une société ? En quoi sanctionner socialement le raciste haineux qui s’affiche cause du tord aux racistes haineux, et à la société ?  Est-ce que c’est dérangeant qu’un raciste souffre d’être ostracisé par la population de son pays ? Encore une fois chacun voit midi à sa porte, mais pour moi sanctionner socialement des discours toxiques à la vie collective, c’est une façon de collectivement affirmer ce que l’on ne tolère pas dans notre environnement.  Et surtout, sociologiquement parlant; d’être, en tant que société. Ça définit une société.

La liberté est aussi souhaitable qu’inutile par moment.  Se conformer, quand on est conscient d’à quoi on se conforme, dans quel but et choisir de le faire parce qu’on n’a pas envie  de négocier de quel bord on roule en voiture à chaque fois qu’on prend la voiture, ce n’est pas le mal incarner.  On choisit de se conformer bien plus souvent qu’on peut prendre des libertés !  C’est assez normal, dans un monde aussi organisé, normé, légiféré.   Mais ça ne veut pas dire de ne pas remettre en question ce qui est jugé « normal » ou pas ! Bien au contraire.  L’important c’est d’y réfléchir, parce qu’il y a des normes sociales injustes.

Personnellement je prône le droit de dévier, d’agir autrement que ce qui est attendu de moi dans une situation donnée.   Quand je prend une liberté, ce n’est pas pour choquer, c’est que je juge en être légitime, en avoir le droit. L’excercise de ma liberté se résume à ça.  En sommes, je sais que je n’agit pas souvent librement, et souvent, ça me va; je suis contente d’avoir à me soucier des autres, de mon fils, de mon potager, de mon environnement.  Je suis heureuse d’être fait de chaire, dépendante de la Terre, de l’air et de l’eau. Dépendante des autres.

En tant qu’animal social bien soumis à ses croyances et idées qu’il se fait… Juste assez intelligent pour idéaliser, mon espèce a bien du mal à faire l’effort de remettre en question ses jugements de valeurs.  C’est comme une atteinte personnelle, quand au fond, on est tous le produit de notre environnement (historiquement situés).  L’être que je suis serait totalement différente à une autre époque, elle penserait pas aux mêmes choses, elle n’aurait pas les mêmes idées, elles n’aurait pas les mêmes aspirations car elle appartiendrait à un autre univers socio-sémantique que celui dans lequel je me trouve.

Ça n’a rien de personnel. 😉 C’est  social.

Le conformisme et la liberté sont des éléments centraux de l’évolution sociale : le conformisme permet le maintien, la stabilité, évite à avoir toujours à tout renégocier, et la liberté permet le changement, la transformation, l’évolution.

Quand je dis m’en prendre à la liberté, c’est à l’idée qui mène à se croire supérieurs, celle qui nous fait négliger l’importance des contraintes et de la conformité, qui nous fait voir les mots comme étant bon ou mauvais, quand ce n’est vraiment pas ça qui compte…  Faut sortir des « idéaux » qui nous mènent AUSSI dans le libéralisme… Tsé...

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